TCHAD - SOUDAN : Conflit

Isabelle CHANEL, DIrecteur d’Europe Orient

Dans quelques jours le Tchad va devenir un théâtre d’opérations militaires de très grandes envergures et l’ensemble de la communauté internationale assiste en spectatrice impuissante et médusée. Plus particulièrement la sous région, du sud est du Tchad, au sud du Darfour et nord est de la Centrafrique

Le conflit tchadien vient d’atteindre son paroxysme. Silence total des célèbres voix qui s’élèvent dans ce genre de conflit pour demander ouvertement l’arrêt des combats. A rappeler que la France qui, il y a de cela quelques années avait osé s’opposer aux américains devant le conseil de sécurité lors de la guerre en Irak semble aujourd’hui être emporté par une détermination de faire la guerre aux Tchadiens, aux centrafricains et probablement aux soudanais.

Il y a quelques jours un soldat français de l’Eufor trouva la mort dans la partie des trois frontières ce que l’on nomme la région de Tissi. De tout temps cette région à toujours été confrontée à des guerres et conflits militaires même dans les conflits à caractère civils les militaires étaient omniprésents.

Pour mieux appréhendez ce qui ce passe actuellement il faut remonter à la guerre des années 1930 dans la région du sud Darfour qui jouxte la Centrafrique et le Tchad, avec de nombreuses guerres lors de la pénétration coloniale. Il suffit de lire les écrits de l’administrateur français M Boucher, « Dar-el-Kouti ».
Situé entre la région su Salamat et Mangueigne au Tchad, Birao en Centrafrique, Amdafock, Tissi et la région de Niala au soudan.
C’est à partir de cette région que les FAN ( forces armées du Nord ) d’Hissene HABRE avait conquis Ndjamena en 1982. C’est toujours à partir de cette région que le MPS (mouvement patriotique pour le salut) d’Idriss DEBY Itno a conquis Ndjamena en décembre 1989 avec le soutien indirect mais efficace de l’armée française.
Rappelons aussi que c’est à partir de cette région que la rébellion centrafricaine est née et a attaquée et occupée plusieurs villes du nord avant d’être repoussée par l’armée française en janvier 2007. C’est une région qui sert de réservoir de combattants.

En janvier 2008 la France a vendu des missiles milan au gouvernement tchadien. A ce jour ou sont donc passés ces missiles milan ? Pourquoi ne permirent ils pas de bloquer les colonnes rebelles loin de Ndjamena ?

Il ne faut jamais sous-estimer la mobilité des différentes parties rebelles et trop de combats sont encore visibles dans le temps

Actuellement la région de Dar-el-Kouti, représente la plus importante force de la rébellion en Centrafrique. Tandis dans l’Ouaddaï région du Tchad nous y rencontrons les plus redoutables des forces guerrières selon l’éminent spécialiste Alexandre Louxor. Ouaddaï étant une région que seuls les autochtonies sont capables de combattre tant les grottes et marais y sont innombrables et imprévisibles.

C’est à cela que l’on a pu assister lors du repli de la rébellion tchadienne après l’assaut Ndjamena du mouvement important vers cette zone de combats terribles et très hostiles. Il est à souligner que la présence de la rébellion dans cette région fait trembler les pouvoirs de Bangui et de Ndjamena.

Du côté des rebelles venus du Soudan, c’est un mélange détonnant de combattants expérimentés issus de trois ethnies.
1- Les Gouranes/ ce sont des braves combattants de l’ethnie d’Hissene Habré Ils ont fait leur preuve dans la guerre des années 80 contre les libyens.
2- Les Zagawas de l’ethnie de Idriss Deby venus au Tchad en 1989 pour installer Idriss DEBY au pouvoir, ils ont constitué l’essentiel des ses forces de défense et de sécurité avant de le quitter petit à petit et rejoindre la rébellion.
3- Les arabes TAMA vaillant guerriers n’obéissant qu’à la loi du clan et de la famille, ils ont porté l’estocade à Idriss Deby en entrant à Ndjamena en avril 2006 avant d’être repoussé par l’armée française.
Aujourd’hui une autre ethnie est entrée dans la danse avec la signature d’un pacte avec l’UFDD de Mahamat Nouri. Il s’agit des ouaddaïens. Mahamat Nouri étant un fin stratège selon Alexandre Louxor qui le connaît depuis de nombreuses années.

La dimension particulière de ces combats est très claire. D’un coté une stratégie de combat à la méthode européenne, avec des moyens ultra moderne, de l’autre coté des guerriers aguerris aux combats utilisant des méthodes ancestrales et qui ont de tous temps montré leurs efficacités depuis la guerre coloniale.

Comme me l’indique le spécialiste Alexandre Louxor rencontré sur le terrain, « il suffit de se coucher dans le sable et prêter l’oreille pour entendre arrivée à près de trente kilomètres à la ronde l’avancée des blindées et autres véhicules militaires. En fonction des vents, du mouvement du sable et du sol, on peut savoir géographiquement par ou, arriveront les militaires. Les rebelles eux, se déplacent à dos de chameaux et ne font pas de bruits »
Dans ces contrées très hostiles, se pose le problème de ravitaillement notamment en carburant.

Autre cas de figure, il suffit par exemple d’attirer l’ennemi en donnant l’impression de faire mouvement et ensuite de procéder à l’encerclement total. Il est à souligné que le Président Idriss Deby avait utilisé cette méthode en 1989 pour achever l’ancien chef d’état Hissene Habré, grâce à des stratèges militaires qui étaient à son service mais qui depuis sont passés dans le camp de la rébellion et c’est la raison principale qui fait qu’en 2008 Idriss Deby n’a pas pu voir l’avancée des colonnes ni pouvoir les stopper.
En 2006 la rébellion avec Mahamat Nour, arriva à Ndjamena et est aussitôt repoussée par les Jaguars français avec de réels bombardements contrairement a ce qui avait été dit à l’époque.
La rébellion de 2008 a une capacité de dissimulation, de camouflage et progresse à une très grande vitesse entre 100 et 200 kilomètres par jour. Ce qui ne peut pas être le cas avec les militaires de l’Eufor.
Dans ce cas de figure précis, la méthode ancestrale est incontestablement efficace face à la méthode moderne et moins couteuse. Il y a tellement de zones marécageuses, des pièges divers et multiples, sans compter les pistes que l’on peut couper, ou s’enliser. Sans oublier les serpents qui se réveillent entre 22 h et 1h du matin avec l’arrivée de la fraicheur. Leur morsure est mortelle et pour les éviter faut-il encore connaitre leur manière d’avancer, repérer leur trace et cachette, et le bruit de leur queue.

D’ici quelques semaines, l’Eufor va être entraîné dans des combats sans précédents, d’une extrême violence et intensité. Parmi le matériel utilisé et reçu par la rébellion tchadienne les missiles Sam 7 et Sam 8 ainsi que les lances roquettes, antichars versions améliorées, made in Syrie et Iran qui ont fait leurs preuves l’année dernière au Liban contre les chars israéliens et les missiles stingers.

A ce jour la rébellion a évité la zone d’Abeché ou la France compte une base de ravitaillement. L’objectif de la rébellion est de ne pas être trop proche des aéroports de Ndjamena ni d’Abéché pour ne pas donner des arguments aux forces françaises de les bombarder sous quelques prétextes que ce soit. A distance suffisante des points de départ des avions ils peuvent se préparer avec le déploiement de leur batterie anti-aérienne et empêcher les bombardements. Plus ils se rapprochent de la frontière soudanaise et plus l’armée soudanaise arrive en renfort avec des moyens d’écoute mis au service de la rébellion tchadienne. Il est à souligné que ce conflit durant ces dernières semaines à complètement anéantie la rébellion soudanaise qui a abandonné sa base pour aller à Ndjamena soutenir le Président Idriss DEBY.

Le Soudan en sort le grand vainqueur. Les familles des opposants se trouvent actuellement toutes au Tchad. Les dernières bases dans le Darfour sont systématiquement bombardées.
Cette situation va permettre au Soudan, puissance militaire, et qui fabrique des armes, de reconstruire des villes entières avec de véritables infrastructures, puits, routes et autres, avec le financement de la communauté internationale !

L’eufor est vulnérable. Sur le terrain Alexandre Louxor me précise que « nous allons peut-être assister dans les prochaines semaines à l’enlèvement d’européens dans l’ensemble de la région, pouvant même dépasser les frontières. Le but étant de faire trébucher et affaiblir l’Eufor. Très rapidement nous allons assister à une confusion entre les forces françaises et forces européennes. La mort des civils soudanais lors de l’incident frontalier du 3 mars 2008 ne restera pas impunie pour leur famille. Tout dépendra de l’attitude des forces françaises dans cette région. Or on constate que les populations Tchadiennes de cette zone n’aiment pas la France, tout comme les populations Centrafricaines qui ont encore en mémoire les bombardements de Birao en 2007. Beaucoup de centrafricains de cette zone vivent encore dans la forêt par peur. C’est une zone hostile. »

Le Soudan voit actuellement un affrontement des pays occidentaux avec les pays arabes. En un mot : chrétiens contre musulmans.

Il y a quelques jours comme me l’indiquais Alexandre Louxor, spécialiste de cette zone, trois hommes ont été arrêtés a Ndjamena sur ordre du Président Idriss Deby. L’un était un ancien chef d’état, musulman aussitôt relâché, un autre sudiste et chrétien a été relâché et a traversé au Cameroun pour venir en France. Un autre d’origine musulmane a été tué. Dans les rues à Ndjamena il est dit que c’est l’armée française qui a sécurisée les rues et encadrée la garde présidentielle au moment de ces arrestations. L’un des rescapés dit avoir clairement identifié la voix d’un conseiller technique venu dans les lieux de détention. Le mécontentement des populations contre la France ne fait que croître. Il est de l’intérêt du Soudan de trouver une formule à la quelle tous les musulmans Soudanais et Tchadiens puisse adhérer. L’on a vu cette situation en 1979 au Tchad ou pour mobiliser des combattants, Hissene Habré avait déclaré la guerre aux chrétiens sudistes que défendait le général Kamoungue.

D’ici au mois d’avril 2008 nous allons assister à un affrontement total, sans concession et qui entrainera inévitablement la guerre des religions. Ndjamena risque d’être détruit encore et cette fois-ci le nombre des morts sera plus élevé. Le seul rempart à l’escalade de cette violence, c’est un dialogue entre le Président Béchir et le Président Deby, ce qui parait peu probable lorsque l’on connaît les deux hommes. Mais Est-ce que le Colonel Kadhafi a déjà dit son dernier mot ?

 

 

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