QATAR : Doha - ouverture le 22 novembre 2008 du musée d’art islamique
Isabelle CHANEL, DIrecteur d’Europe Orient
L’identité d’un pays n’a de sens que si elle s’inscrit et s’enracine dans le patrimoine artistique et humain légué par les ancetres. L’existence du musée Qatar de l’art islamique est ce qui consolide et met en évidence l’héritage exceptionnel que le monde arabe et l’islam ont donné au monde. Le patrimoine est universel. Il concerne et appartient à l’humanité. Le pari que fait l’état du Qatar sur la culture est la meilleure façon de se présenter au monde et de faire échec aux préjugés concernant l’histoire et la civilisatin arabo musulman.
Tahar Ben Jelloun
S’élevant sur son ile dans le Golfe d’Arabie, le musée d’art islamique qui ouvrira ses portes le 22 novembre 2008 à Doha au Qatar sous le haut patronage de son altesse l’Emir Cheikh Hamad Bin Khalifa Al-Thani, est destiné à devenir un centre international de culture et de création. Ayant pour vocation de refléter le dynamisme, la complexité et la richesse des arts du monde islamique, le musée d’art islamique va réunir conserver, étudier et exposer des chefs-d’œuvre provenant de trois continents, et embrassant treize siècles. Sous l’égide de son Excellence Cheikha Al Mayassa bint Hamad bin Khalifa Al-Thani, présidente du conseil d’administration de la direction des musées du Qatar, le projet de ce musée sera la pierre angulaire sur laquelle reposera la transformation du Qatar en métropole mondiale de la culture. Conçu par Ieoh Ming Pei, lauréat du prix Pritsker, le musée d’une superficie de 33 5000 m traduit la conception qu’a le Qatar de la culture à la fois nationale et mondiale en réunissant une collection de chefs d’œuvre dans les galeries qui entourent le majestueux atrium à cinq niveaux surmonté d’une coupole. « Dans ce magnifique édifice, Ieoh Ming Pei a exprimé dans une forme résolument contemporaine l’essence même de l’architecture islamique » a déclaré Abdulla Al Najjar, directeur intérimaire des musées du Qatar et président du musée d’art islamique. « Les chefs-d’œuvre de la collection représentent toute l’étendue et l’éblouissante richesse de l’expression artistique du monde islamique et notre exposition inaugurale, organisée avec le concours d’institutions culturelles de premier plan, fait de ce musée une plate-forme de dialogue international. A cet égard, le musée d’art islamique démontre que le Qatar aspire à jeter un pont entre le présent et le passé, Orient et Occident. »
Sa mission
Le musée d’art islamique se veut le reflet du dynamisme de la complexité et de la richesse des arts du monde islamique. Institution de classe internationale, le musée réunit, conserve et expose des chefs-d’œuvre provenant des trois continents. Le musée et la pierre angulaire sur laquelle repose la transformation du Qatar en centre d’expertise dans le domaine de l’art islamique et en métropole mondiale de la culture.
Le bâtiment
D’une élégance minimaliste à l’extérieur avec ses façades en pierre, aérien et complexe à l’intérieur, le musée d’art islamique est le résultat d’un voyage initiatique effectué par M. Pei à la recherche de l’âme de l’architecture islamique. La quête menée par l’architecte pour en saisir toute la diversité l’a conduit à parcourir le monde, périple au cours duquel il a exploré la Grande Mosquée de Cordoue en Espagne, Fatehpur Sikri capitale moghole en Inde, la Grande Mosquée Umayyade de Damas en Syrie et les ribats c’est-à-dire les forteresses de Monastir et de Sousse en Tunisie. Dans tous ces lieux, M Pei a découvert que l’influence du climat et de la culture avait abouti à des interprétations de l’architecture islamique mais aucun monument ne lui en a révélé la nature intime. C’est dans le sabil (fontaine publique destinée aux ablutions) du XIIIe siècle de la mosquée d’Ahmad Ibn Tulun au Caire en Egypte datant du IX siècle qu’Ieoh Ming Pei a trouvé sa principale inspiration. Dans « le dépouillement austère qui s’anime avec le soleil, avec les ombres et les nuances qu’il crée ». Le sabil a représenté pour lui « une expression presque cubiste de progression géométrique » qui lui a évoqué une conception abstraite des éléments clés de l’architecture islamique. Construit en matériaux nobles, au nombre desquels figurent le béton de parement du Qatar, la pierre calcaire de couleur miel provenant de Magny et Chamesson en France, le granit Jet Mist des Etats-Unis et l’acier de l’Allemagne, le musée se compose d’un bâtiment principal à cinq niveaux et d’une aile pédagogique à deux niveaux, reliés par un patio central. Les volumes angulaires du bâtiment principal s’élèvent graduellement jusqu’a cinquante mètres autour d’un atrium central surmonté d’un dôme dissimulé à l’extérieur par une tour. Au sommet de l’atrium, un oculus capte la lumière et la renvoie en mille facettes. Une paroi de verre de 45 mètres sur la façade nord offre, depuis les cinq niveaux de l’atrium, une vue extraordinaire du Golfe et de la baie ouest de Doha. Le soleil du désert, élément essentiel transforme l’édifice en un jeu d’ombres et de lumière. Les salles d’exposition, conçues par Jean Michel Vilemotte & associés, sont ornées de porphyre gris foncé et de louro faia, un bois brésilien à fort maillage poncé et traité pour lui donner un aspect métallique qui contraste avec la teinte claire de la pierre présent dans le reste du musée. Afin de protéger les fragiles objets exposés, les salles sont équipées de vitrines spéciales et la lumière naturelle y est bannie. Après avoir refusé tous les sites proposés sur la Corniche, M Pei, a suggéré la création d’une ile artificielle afin que des bâtiments futurs ne viennent pas empiéter le musée. L’édifice s’élève à une soixantaine de mètres au large de la Corniche sur une ile gagnée à la terre. Un parc de dunes et d’oasis d’une soixantaine d’hectares sur la cote, derrière le musée offre un abri et un décor pittoresque.
Les collections
Illustration de la richesse et de l’imagination de la culture musulmane, l’exposition permanente du musée présentera plus de 700 œuvres : manuscrits, céramiques, métaux verres, ivoires, textiles bois et pierres précieuses, tous objets d’une qualité exceptionnelle. Ces œuvres proviennent des cultures de trois continents et couvrent une vaste zone géographique allant de Cordoue à l’ouest jusqu’à Samarkand à l’est avec des objets provenant, d’Espagne, d’Egypte, d’Irak, de Turquie, d’Iran, d’Inde et d’Asie Centrale.
Ces trésors seront exposés sur les deux niveaux des galeries qi entourent l’atrium. Le visiteur pourra ainsi voyager dans le temps à travers pays et cultures, chaque salle étant en effet consacrée à une époque et à une dynastie.
Au premier niveau, le langage de l’art islamique : éloge de l’unité met l’accent sur les éléments visuels que l’on retrouve partout dans les arts du monde islamique. Les galeries illustrent les thèmes des motifs de la calligraphie de la littérature et de la science.
Le second niveau des collections permanentes, le voyage de l’art islamique : l’éloge de la diversité invite le visiteur à parcourir les différentes cultures qui ont influencé l’art islamique au fil des siècles.
L’exposition inaugurale
A l’occasion de l’inauguration le musée d’art islamique a organisé une exposition : Au-delà des frontières - l’art islamique à travers les cultures. Celle-ci rassemble plus d’une vingtaine d’institutions culturelles de premier plan du monde entier qui prêteront chacune une œuvre d’art reflétant le thème de la diversité culturelle du patrimoine musulman.
L’aile pédagogique
Dans son exposé sur le concept et la mission du musée, Al Najjar a déclaré : « le musée d’art islamique n’est pas seulement un chef d’œuvre d’architecture abritant la plus importante collection d’art islamique. Il offrira en outre un programme éducatif complet. Enfants et adultes auront la possibilité d’apprendre grâce à des échanges culturels, des ateliers, des séminaires et autres activités. » Les aménagements de l’aile pédagogique comprennent une salle de lecture baignée dans la bibliothèque du muse, des salles d cours, des ateliers des zones d’étude, des équipements techniques et des réserves. On y trouve en outre le laboratoire de conservation, nouvelle ressource significative pour la région toute entière.
Quelques chiffres
Passerelle d’entrée d’honneur et pont 280 mètres
Parc du musée avec la presqu’ile comprise 26 hectares
Lustre principal dans le hall 12 mètres de diamètre
Superficie totale de l’édifice 35 500 mètres carrés
Superficie totale des galeries 3 870 mètres carrés