Isabelle CHANEL, Directeur d’Europe Orient
Les rebelles du Tchad, qui ont lancé une offensive cette semaine dans l’est, ont demandé vendredi à la France de cesser ses missions de “renseignement”, la menaçant de prendre les avions français “pour cible”, a confié le porte-parole de l’Alliance nationale Ali Gueddei à l’un de nos contacts sur place.
“Nous tenons à lancer un dernier appel solennel à la France pour qu’elle cesse immédiatement l’état de belligérance vis-à-vis des forces armées de l’opposition. Dans le cas contraire, les Bréguet-Atlantique et autres Mirage, seraient désormais des cibles de notre DCA”, a souligné le porte parole qui se trouve actuellement à Libreville. Si “les forces armées de l’opposition” étaient favorables à la mission de l’Eufor de protection des populations civiles, pécise M. Gueddei, “la France a dénaturé la mission de l’Eufor (…) par son comportement” dans le cadre de la mission Epervier. Et d’ajouter que “La France serait mieux inspirée d’arrêter ses provocations répétées à l’endroit des forces de l’opposition en fournissant des renseignements aux troupes gouvernementales”. La France est présente au Tchad depuis 1986 dans le cadre de l’opération “Epervier” avec des moyens terrestres et aériens. Elle fournit le gros des troupes de l’Eufor, force européenne déployée dans l’est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique pour protéger les réfugiés du Darfour voisin ainsi que les populations tchadiennes et centrafricaines déplacées, au total 450.000 personnes. La rébellion se targue d’avoir “abattu” lors de “violents combats” un hélicoptère de l’armée tchadienne qui a effectué un atterrissage forcé près de l’aréoport d’Abéche jeudi alors que l’état major tchadien affirme qu’il s’agit de “problème de moteur” d’un appareil “en vol d’entraînement”. De source militaire, l’hélicoptère pourrait avoir été touché par des balles. Depuis Libreville il précise que les rebelles se trouvaient actuellement dans la région de Goz Beida (700 km de N’Djamena) sans vouloir donner le nombre de ses troupes. “C’est un secret militaire mais je peux vous dire que nous sommes suffisamment nombreux pour renverser le gouvernement Deby” (le président tchadien Idriss Deby Itno). Un de nos contacts militaire français du dispositif Epervier avait affirmé que les “Mirage F-1 poursuivaient leurs missions de reconnaissance”, en précisant que “vu à l’altitude où ils volent, je ne vois comment ils peuvent provoquer ou intimider”, selon les mots utilisés par les rebelles. Les autorités tchadiennes ont démenti cet après midi que les rebelles se dirigeaient vers N’Djamena et dénoncé une “campagne d’intoxication dénuée de tout fondement”.