Isabelle CHANEL, DIrecteur d’Europe Orient
Les pays industrialisés du G8 ont demandé au Fonds monétaire international le soin d’enquêter sur les causes de la flambée des prix du pétrole, un problème qui menace l’économie mondiale mais dont le diagnostic est controversé et les remèdes incertains. Réunis à Osaka, au Japon, les ministres des Finances du G8 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Canada, Russie) ont déclaré avec force et insistance que le pétrole cher constituait “une sérieuse menace pour la stabilité de la croissance mondiale”. Le prix du pétrole a explosé la semaine dernière, frisant les 140 dollars le baril avant de se replier légèrement. Cette envolée compromet la convalescence de l’économie mondiale après la grave crise financière de l’été dernier. Les ministres du G8 ont demandé au FMI et à l’Agence internationale de l’énergie d’analyser les “facteurs réels et financiers derrière le bond récent des prix du pétrole et leur volatilité”. Le FMI leur remettra un rapport en octobre lors de sa prochaine assemblée générale. Les pays du G8, dont les diagnostics sur la hausse des prix du pétrole diffèrent, espèrent que le Fonds Monétaire International tranchera entre ceux qui soupçonnent les spéculateurs d’être largement responsables de la situation, et ceux qui accusent exclusivement l’insuffisance de la production de brut. “Ce n’est pas clair du tout. Nous avons besoin d’une étude pour répondre à cette question”, a déclaré le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, qui a accepté de mener cette enquête. Le marché du pétrole se porterait mieux s’il existait “une plus grande transparence et fiabilité des informations de marché, notamment les stocks (…), et la taille des flux financiers qui font leur entrée sur le marché”, explique le document rédigé par les ministres pour satisfaire les tenants de la théorie de la spéculation, parmi lesquels figurent l’Italie, l’Allemagne et la France. “Nous exhortons tous les pays producteurs à augmenter leur production et à investir pour accroître les capacités de raffinage”, poursuit ce communiqué pour faire plaisir aux apôtres de la thèse de l’offre insuffisante, à savoir les Américains et les Britanniques. Le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, a souligné que “toutes les preuves pointent vers l’offre et la demande”, et que blâmer exclusivement les spéculateurs est “dangereux”. L’Italie a proposé aux autres pays du G8 d’élever nettement les dépôts obligatoires pour les investissements sur les marchés à terme pétroliers, mais cette suggestion a été accueillie avec prudence. Le ministre français de l’Economie, Christine Lagarde, qui a lancé l’idée d’une enquête du FMI et a insisté pour que le pétrole soit un des sujets majeurs de la réunion d’Osaka, a estimé qu’il existe “un lien entre les marchés financiers et le prix à la pompe payé par chacun de nos citoyens”. Il est a rappelé que l’actuel directeur général du Fonds Monétaire International est l’ancien minsitre français de l’économie et des finances.