Isabelle CHANEL, Directeur d’Europe Orient
Shell, compagnie pétrolière anglo-néerlandaise a interrompu sa production sur un important puits offshore dans le sud-est du Nigeria à la suite d’une attaque de militants. Le Mouvement d’émancipation du Delta du Niger (MEND) a revendiqué l’attaque qui a visé en début de matinée un important puits offshore de Shell à 120 km au large de Lagos. “Ce matin nos combattants ont investi la forteresse de Bonga. La salle informatique de contrôle de la production était notre principale cible que nous voulions faire sauter, mais nous n’avons pas pu y accéder”, affirme le MEND. “Notre prochaine visite sera différente, et l’installation ne sera pas épargnée”, avertit encore le mouvement qui affirme avoir enlevé un ressortissant américain travaillant pour une autre para-pétrolière. “Nous avons stoppé la production du gisement de Bonga à la suite d’une attaque ce matin de militants non identifiés”, a indiqué un responsable de la compagnie Shell Precious Okolobo, refusant de préciser la quantité de brut ainsi affectée. Le champ pétrolifère se trouve dans la région du Delta du Niger, où les violences régulières contre les installations pétrolières ont réduit d’un quart la production totale de pétrole du Nigeria depuis janvier 2006. Le groupe Shell a perdu récemment sa position de premier producteur de pétrole au Nigeria au profit d’ExxonMobil. De plus, le Mouvement pour la survie du peuple ogoni (Mosop) a clairement précisé qu’une quantité importante de pétrole s’échappait d’une installation Shell désaffectée, dans la région. Des violences communautaires engendrées par la pauvreté et la pollution émanant de la production pétrolière ont forcé Shell à cesser ses activités dans l’Ogoniland, dans le Delta du Niger. Au début du mois le président nigérian Umaru Yar’Adua avait annoncé que “d’ici la fin de l’année, un autre opérateur va reprendre les intérêts de Shell Petroleum en Ogoniland”. Le groupe pétrolier anglo-néerlandais avait prévenu il y a quelques jours qu’il ne pourrait pas honorer les contrats de livraison à partir de son terminal de Bonny pour juin et juillet 2008 , après le sabotage de ses principaux oléoducs par des militants. Il faut souligner que les sites de Bonny et Forcados east sont les principaux terminaux pour l’exportation de Shell au Nigeria. La société pétrolière avait déjà fait savoir que l’état de “force majeure” pour ses livraisons d’avril et de mai à partir de Bonny, après le sabotage de deux pipelines alimentant le terminal, par le Mouvement de l’émancipation du Delta du Niger (MEND), principale organisation armée dans le sud pétrolier. Le Nigeria, qui était le premier producteur de brut sur le continent africain, est passé au deuxième rang en avril, derrière l’Angola, selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).