Isabelle CHANEL, Directeur d’Europe Orient
Placée sous le signe de la paix, l’Union pour la Méditerranée doit encore régler de nombreuses questions-clé de fonctionnement et démontrer qu’elle peut répondre aux défis d’une région aux écarts économiques considérables et aux profondes divisions politiques.”Nous en avions rêvé, l’Union pour la Méditerranée est maintenant une réalité”, a déclaré le président de la république française Nicolas Sarkozy, hôte du sommet qui a réuni 43 pays, tout en reconnaissant qu’il y a encore “beaucoup de travail”. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a salué un “événement magnifique”. Mais il a déploré que la rivalité israélo-palestinienne, qui a déjà plombé ces dernières années la coopération euro-méditerranée, ait provoqué un “blocage de dernière minute” dans la rédaction de la déclaration finale. Les questions institutionnelles devraient occuper une bonne part des travaux de mise en place de l’UPM dans les prochains mois. Le choix d’un site pour le secrétariat général, que se disputent le Maroc, la Tunisie, Malte et l’Espagne, reste à régler. Les ministres des Affaires étrangères de l’UPM doivent se retrouver en novembre pour tenter de résoudre ce point. La question du financement des projets régionaux destinés à donner un contenu concret à l’UPM (environnement, transports, protection civile etc.) n’est toujours pas réglée. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pensait que la dynamique créée par l’UPM allait aider à dégager des “ressources additionnelles”. Le président égyptien Hosni Moubarak a précisé que la population des pays du sud méditerranéen allait augmenter de 100 millions de personnes d’ici 2030. Un défi considérable pour une Europe à la démographie poussive, confrontée à une forte pression migratoire venue du sud. Le chef de la diplomatie suédoise Carl Bildt a salué “une approche plus ambitieuse” pour la coopération euro-méditerranéenne, mais a prévenu que le lancement de l’UPM “ne vas pas changer le monde” du jour au lendemain. L’UPM risque aussi de se heurter aux mêmes écueils que le processus de Barcelone, lancé en 1995 pour tenter de relancer la politique méditerranéenne de l’UE, victime notamment des tensions israélo-arabes. La querelle de fin de sommet entre Israéliens et Palestiniens sur la dénomination “d’Etat national” pour qualifier Israël a une nouvelle fois montré la difficulté de traduire en pratique les envolées sur les espoirs de paix. L’UPM pourrait encore pâtir de la volonté affichée de certains pays européens de renforcer la coopération avec l’Europe de l’est et caucasienne. “Cette année est une année méditerranéenne, alors l’année prochaine sera une année orientale”, a prévenu le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra, dont le pays remplacera en janvier 2009 la France pour la présidence de l’UE.