TUNISIE : 10e session du conseil supérieur de la recherche scientifique
Mohamed Ghannouchi, premier ministre de Tunisie
Le Conseil supérieur de la recherche scientifique et de la technologie a tenu sa 10ème session, au palais du gouvernement à la Kasbah, sous la présidence de M. Mohamed Ghannouchi, Premier ministre, et en présence de plusieurs membres du gouvernement et de représentants des partis politiques et des organisations nationales. Dans une allocution, M. Mohamed Ghannouchi a indiqué que cette réunion offre l’opportunité d’évaluer les résultats enregistrés au niveau du secteur de la recherche scientifique et de la technologie, durant l’année 2008, et d’examiner les orientations tracées pour l’année 2009, en concrétisation de la position privilégiée accordée à ce secteur, dans les plans et programmes nationaux. Il a, par ailleurs, mis en exergue l’évolution positive que connaît le secteur de la recherche scientifique et de la technologie, sous l’impulsion du président Zine El Abidine Ben Ali et grâce aux décisions et mesures prises pour promouvoir ce secteur dont, notamment l’augmentation des crédits alloués à la recherche scientifique qui ont atteint 1,25 pc du PIB, cette année, la restructuration du système de la recherche et la tenue, une fois par an au moins, d’un conseil ministériel consacré à l’évaluation de la marche du secteur. Il a, par ailleurs, souligné l’importance de la création de l’Agence nationale de l’innovation et de la recherche technologique qui assume un rôle de premier plan dans la valorisation des brevets d’invention, l’établissement des liens entre les ministères de tutelle et les structures de la recherche scientifique et le renforcement de la créativité au niveau du tissu associatif. Il a salué les efforts déployés pour consolider davantage les relations entre les centre de recherche scientifique et les entreprises économiques, se félicitant de l’orientation vers les spécialités à haute valeur ajoutée, ce qui est de nature à diversifier le tissu économique, à faciliter l’insertion des diplômés universitaires dans le marché de l’emploi et à renforcer la compétitivité de l’économie nationale. Les participants ont ensuite écouté le rapport périodique du conseil dans lequel le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Technologie, a précisé que l’année 2008 a été marquée par la poursuite de la réforme et la restructuration du système national de recherche scientifique, ce qui a aidé à dynamiser son rôle, à valoriser ses résultats et à l’orienter davantage vers les objectifs prioritaires du développement. Il a indiqué que ce système comporte, aujourd’hui, 33 centres de recherche, 146 laboratoires et 638 unités de recherche, réunissant 14 mille professeurs et chercheurs. Il a passé en revue les nombreux projets pilotes réalisés dans les secteurs prioritaires. Le ministre a ajouté que l’année écoulée a été, aussi, marquée par le démarrage des activités les groupements des services dans le domaine de la recherche scientifique, dans le but de conférer aux structures de la recherche davantage d’efficacité et de réactivité, de rationaliser leurs acquisitions et de promouvoir davantage leurs ressources humaines. Il a expliqué que les prochains mois verront la mise en place de nouveaux pôles à Gafsa, Médenine et Jendouba, ainsi que la création de nouvelles pépinières d’entreprises qui sont, actuellement, au nombre de 31 réparties entre 20 gouvernorats. Un débat s’est instauré entre les membres du conseil au cours duquel le secrétaire général adjoint du Rassemblement, chargé du programme présidentiel a rappelé les manifestations qui ont marqué l’année 2008, à l’occasion de la célébration du cinquantenaire de la création de l’Université Tunisienne et l’organisation de journées nationales de la recherche scientifique. Il a exprimé, dans ce contexte, la fierté des réformes engagées dans le secteur de la recherche scientifique et de la technologie, soulignant que le chef de l’Etat considère ce secteur comme étant un secteur stratégique. Il a ajouté que les objectifs ambitieux tracés pour ce secteur, dans le cadre du programme présidentiel pour la Tunisie de Demain, ont été réalisés en 2009. Il s’agit, notamment, de l’augmentation de la part de ce secteur dans le produit intérieur brut (PIB) et de la création d’une pépinière d’entreprises dans chaque gouvernorat. Le secrétaire général adjoint du RCD a appelé à la promotion du rôle des pépinières d’entreprises, à renforcer les programmes de recherche dans les secteurs porteurs dont, en premier lieu, le secteur biologique et les énergies renouvelables et à consolider le tissu des associations opérant dans le secteur de la recherche scientifique en milieux éducatif, universitaire et de formation afin de stimuler chez les jeunes générations l’esprit de créativité et d’innovation. Il a également appelé à dresser un inventaire global des différentes mesures prises dans le secteur pour encourager les inventeurs, protéger les brevets d’invention, les faire connaître auprès des milieux universitaires, scientifiques et professionnels et promouvoir davantage les programmes de la recherche appliquée, au service de l’entreprise. Il a, aussi, appelé à associer les chercheurs et les experts résidant à l’étranger aux projets de recherches et d’études, et à former des groupements de recherche. Le représentant du Mouvement des démocrates socialistes (MDS) a fait observer que les étapes franchies par la Tunisie dans le domaine de la recherche scientifique et de la technologie laissent entrevoir la réalisation de résultats positifs, appelant à conférer davantage de souplesse à la gestion des structures de recherche, à adopter le principe de l’évaluation a postériori et à faciliter l’accès des chercheurs à l’information. Il a souligné la nécessité d’accélérer l’étude des demandes de création des unités de recherche, de simplifier les procédures administratives, de prendre en considération les coûts des missions de recherche scientifique, d’offrir les moyens logistiques au chercheur, et d’accorder une attention particulière au secteur de la traduction. Il a, à ce propos, recommandé d’appuyer les recherches doctorales dans les domaines encore inexplorés, notamment, celles relatives au traitement des phénomènes sociaux. Le représentant du parti social libéral (PSL) s’est déclaré satisfait de la mutation qualitative que connaît le secteur de la recherche, en dépit des potentialités limitées de certaines de ses structures, soulignant l’impératif de renforcer davantage la culture de la recherche, d’améliorer la situation matérielle des chercheurs, de consolider la recherche dans la filière des techniques et des sciences de l’ingénieur et d’associer les patients aux essais cliniques durant la phase qui précède la mise sur le marché des médicaments, s’agissant notamment des maladies chroniques. Le secrétaire général du PVP a passé en revue les difficultés que connaît le secteur de la recherche scientifique dans les domaines des industries mécaniques, soulignant l’impératif de les surmonter, compte tenu de l’intérêt économique que revêt ce secteur stratégique. Le représentant du parti “Ettajdid” a réaffirmé l’impératif d’accélérer le rythme des réformes du système de la recherche scientifique, de promouvoir son rendement et de tirer profit des expériences précédentes de manière à raffermir la corrélation étroite entre le secteur de la recherche et celui de la production. De son côté, le représentant de l’UDU a mis l’accent sur la promotion des ressources humaines et des compétences exerçant dans ce secteur, en vue d’améliorer sa rentabilité en concrétisation des orientations nationales fixées dans ce domaine. Le débat s’est poursuivi avec l’audition des interventions des représentants des organisations nationales. Le représentant de l’Union tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA) a souligné la nécessité de mettre en place un plan national pour coordonner l’action des différentes parties concernées, d’axer les efforts sur les secteurs porteurs à haute valeur ajoutée, et d’accorder l’intérêt requis à la protection des brevets d’invention. De son côté, le secrétaire général-adjoint de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a mis l’accent sur l’importance stratégique de la recherche scientifique en tant que support du développement. Il a souligné que les recherches scientifiques doivent être productives et traduites en projets concrets. A ce propos, il a appelé à la restructuration de la recherche scientifique et de ses potentialités, à renforcer la coordination entre le secteur de la recherche scientifique et celui de la production et à diversifier la coopération étrangère dans ce domaine. Concernant le problème du financement, il a expliqué que l’organisation syndicale considère que l’enseignement est un service public, mettant l’accent sur la nécessité de coordonner l’action entre les secteurs public et privé. Pour sa part, le représentant de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP) s’est félicité de la place privilégiée et prioritaire accordée par le chef de l’Etat au secteur de la recherche, en raison de son rôle dans la consolidation de la compétitivité de l’économie et dans la multiplication des opportunités d’emploi. Il a, par ailleurs, insisté sur l’importance de la recherche scientifique agricole, dans un contexte marqué par l’acuité des changements climatiques. La recherche agricole, a-t-il dit, contribue à l’enrichissement des ressources locales, à la consolidation du système agricole national, à la réalisation de la sécurité alimentaire et à la production de nouvelles variétés de semences, notamment pour les céréales et les fourrages. Il a, aussi, souligné la nécessité d’orienter les efforts de recherche vers les produits agricoles qui font la renommée de la Tunisie, tels que l’oléiculture, la viniculture, la culture des agrumes et la culture biologique. Sont intervenu, au cours des travaux, MM Kamel Morjane, ministre de la Défense nationale, Béchir Tekkari, ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Nadhir Hamada, ministre de l’Environnement et du Développement durable, Abderraouf El Basti, ministre de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine, Afif Chelbi, ministre de l’Industrie, de l’Energie et des PME, Abderrazak Daaloul, secrétaire d’Etat, chargé de la pêche, ainsi que Mmes Lamia Chaffai Sghaier, secrétaire d’Etat, chargée de l’Informatique, de l’Internet et de Logiciels libres, et Najoua Miladi, secrétaire d’Etat, chargée des Etablissements hospitaliers. Les membres du gouvernement ont souligné la volonté d’aller de l’avant sur la voie de la promotion de ce secteur sensible et d’orienter la recherche vers les priorités du développement économique et social. Ils ont souligné l’importance de la coopération constructive entre le ministère de l’enseignement supérieur et les structures relevant de leurs départements respectifs, compte tenu de l’impact direct du secteur de la recherche scientifique et de la technologie sur les divers aspects de la vie quotidienne et de son rôle dans le renforcement de la coopération internationale avec les centres spécialisés à l’étranger. S’agissant des priorités d’avenir dans le domaine de la recherche, les membres du gouvernement ont souligné que l’on s’oriente désormais vers la facilitation de l’accès aux données à caractère législatif, la promotion de la recherche médicale militaire et celle se rapportant au patrimoine national, outre le projet de création d’une école de traduction au niveau du troisième cycle de l’enseignement supérieur. Ils ont recommandé de faire participer les chercheurs en psychologie et en sociologie aux travaux de recherche scientifique liée à l’étude des phénomènes sociaux, d’assurer le suivi des efforts d’évaluation du rendement des laboratoires de recherche et de valoriser les potentiels du pôle technologique de Médenine qui réalise d’importants résultats en matière de lutte contre la désertification et d’exploitation des plantes médicinales et de fourrages exportables. L’accent a été mis, par ailleurs, sur la prise de conscience des chefs d’entreprise de l’impératif d’accorder un intérêt particulier à la recherche et de moderniser les outils de production. Actuellement, 400 entreprises tunisiennes sont dotées de laboratoires de recherche et 400 autres ont introduit de nouveaux équipements pour la promotion de la production. Les efforts déployés en matière de recherche médicale ont été, également, évoqués, s’agissant notamment des recherches épidémiologiques et cliniques menées par des compétences tunisiennes en collaboration avec des institutions internationales. En réponse aux interventions des participants, le Premier ministre a mis l’accent sur l’apport de la recherche scientifique dans la consolidation de l’aptitude du pays à réaliser les objectifs escomptés dont en particulier l’impératif de se hisser au rang des pays développés. Il s’est félicité à cet égard de l’unanimité exprimée par les membres du conseil concernant les étapes importantes accomplies par la Tunisie dans ce domaine, faisant remarquer que les insuffisances du secteur ne pourront pas occulter la mutation profonde que connaît le dispositif de la recherche scientifique en Tunisie. Il a précisé que les articles publiés par des compétences tunisiennes dans les revues scientifiques internationales ont doublé entre 1999 et 2008 et que le nombre des brevets d’invention est estimé, actuellement, à 18 brevets. Le Premier ministre a estimé que ces chiffres confortent les efforts déployés en vue d’instaurer une culture de recherche mettant à contribution tous les ministères concernés. Il a relevé que la prochaine étape commande de déployer des efforts supplémentaires en vue de consolider ce dispositif et d’améliorer la formation à travers l’élaboration de thèses de doctorat de haute qualité et l’amélioration des aptitudes à s’adapter aux nouveautés, à travers la veille technologique. M. Ghannouchi a appelé à la nécessité d’établir des priorités au niveau de la recherche et d’éviter la dispersion des efforts, de manière à permettre à la Tunisie d’acquérir une plus grande aptitude à contribuer à l’effort international et d’axer sur les secteurs où elle peut se distinguer. Il a aussi appelé à renforcer les actions de partenariat avec des institutions de recherche à l’étranger. Le Premier ministre a, en outre, mis l’accent sur l’importance de la décision du président Ben Ali fixant l’âge de la retraite à soixante-cinq ans pour les professeurs de l’enseignement supérieur, permettant ainsi de bénéficier au maximum des expériences et des hautes compétences dans la recherche académique. M. Ghannouchi a relevé également que l’ultime but est de renforcer la qualité de l’enseignement à travers la mise à niveau des facultés, de manière à ce qu’elles atteignent un niveau garantissant leurs capacités à former des promotions ayant de hautes qualifications et des expertises pour faciliter leur insertion dans le marché de l’emploi, en Tunisie et à l’étranger. Il a mis l’accent sur la relation étroite entre la recherche scientifique et la technologie et l’amélioration de la productivité qui constitue l’axe principal du dialogue national ordonné par le président de la République en vue d’accroître le rendement et de renforcer la capacité de l’économie nationale à garantir une croissance soutenue.