FRANCE : Déclaration de Jean Marc Ayrault premier ministre concernant la France dans 10 ans

France

Le gouvernement est au travail, mais ça, ce n’est pas une surprise, il l’est en permanence, au service du pays, au service de la France et des Français. Mais nous avons voulu, avec le Président de la République, commencer cette rentrée par un séminaire de réflexion stratégique. Les nations qui réussissent sont celles qui se projettent dans l’avenir et, depuis les quinze derniers mois, depuis que nous exerçons les responsabilités du pays, nous avons fait la preuve que la France peut se réformer, mais nous voulons aller plus loin, nous devons même aller plus loin. L’objectif, c’est de tracer un cap, c’est de dire clairement et précisément aux Français vers où nous voulons aller avec eux et entraîner le pays.

C’est une stratégie ! Cette stratégie, elle a manqué dans la décennie qui vient de s’écouler. C’est une vision de l’avenir que nous devons partager. En 2002, ce travail n’a pas été fait. En 2007, il a été commencé puis abandonné. Nous en payons le prix aujourd’hui. La conséquence, c’est que la France a pris du retard dans la mondialisation et parfois elle doute de son propre avenir au point de devenir pessimiste. Eh bien, justement, c’est à cette question que nous voulons répondre : quelle France voulons-nous et pourquoi voulons-nous nous battre avec les Français pour réussir ?

Cet exercice, je le dis, n’est pas théorique, la France dans dix ans ce n’est pas loin. Prenons un enfant qui naît aujourd’hui. Nous avons lancé le chantier de la refondation de l’école, dans quelques jours nous allons ouvrir les prochaines Ecoles Supérieures de la Formation des Maîtres. Quelle mission leur fixons-nous ? Nous voulons en faire à nouveau les… j’allais dire les hussards noirs de la République, qui feront que, demain, cet enfant né aujourd’hui, qui aura 10 ans, qui sortira de l’école primaire avant de rentrer au collège, soit en situation de réussite et ne fasse pas partie de ces 20% d’enfants qui aujourd’hui sortent du système scolaire sans qualification, ni aucun diplôme.

Donc, c’est un vrai défi. Certains vont dire que tout cela est théorique, mais, en 1985, Jean-Pierre Chevènement avait fixé un objectif : 80% d’élèves au niveau du bac. Eh bien, dix ans plus tard, 60% étaient déjà au niveau du bac et le nombre d’étudiants avait augmenté de 60%. On pourrait en faire le bilan ! Si l’on ne se fixe pas d’objectifs ambitieux de cette nature, alors on n’avance pas, surtout on avance au jour le jour et on n’est pas capable, alors, de mobiliser toutes les forces, toutes les énergies du pays.

Penser la France dans dix ans, c’est poser les problèmes qui se posent en 2013 et, donc, c’est travailler aux solutions pour les résoudre. Penser la France dans dix ans, c’est penser l’action politique en 2013, c’est donc articuler le temps court et le temps long.

Devant nous se profile une rentrée qui est dense en décisions et certains pourraient dire : vous parlez de l’avenir mais vous ne parlez pas assez du présent. Mais si, mercredi prochain nous avons un conseil des ministres. Ce conseil des ministres adoptera le calendrier parlementaire. Puis, les 26 et 27 août, je recevrai avec les autres ministres concernés les partenaires sociaux pour parler de la réforme des retraites et nous aurons des arbitrages dans les prochaines semaines, au plus tard dans les prochains jours qui porteront justement sur les retraites, qui porteront sur le budget, qui porteront sur la croissance, qui porteront sur la fiscalité. Il y aura un arbitrage sur la réforme pénale.

Le gouvernement est bien dans l’action pour aujourd’hui et l’objectif d’inverser la courbe du chômage à la fin de l’année est toujours d’actualité. Et en même temps, nous voulons préparer l‘avenir, c’est pour cela d’ailleurs que, dès septembre, je vais relancer la négociation avec les Régions des contrats de plan Etat-régions pour l’aménagement et l’équipement du territoire pour la période 2014 – 2020.

Je vous ai parlé de la France dans dix ans. Lors de la première conférence sociale, nous avons créé un Commissariat général qui s’inspire de ce qu’était, après la Seconde Guerre mondiale, où la France justement se projetait dans l’avenir, se reconstruisait, le Commissariat Général au Plan. C’est maintenant le Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective, dirigé par Jean Pisani-Ferry.

Nous avons décidé à la fin de ce séminaire de confier au Commissariat Général à la Stratégie la rédaction d’un projet pour la France pour les dix ans qui viennent et qui portera sur toutes les grandes questions qui se posent, notamment les cinq enjeux essentiels : le premier concerne l’avenir de notre modèle de production. La mondialisation, c’est un fait, elle ne nous fait pas peur à condition de ne pas subir. Quelle organisation de notre production industrielle ? Quelle avant-garde technologique devons-nous choisir ?

Le deuxième enjeu, c’est la réforme de notre modèle social, qui nous a permis d’amortir plus que d’autres les crises que nous avons traversées, mais, en même temps, ce modèle social peut connaître des difficultés, il peut connaître des problèmes de financement, il faut donc le renouveler sans pour autant le détruire, avec un objectif qui est la meilleure lutte contre les formes d’inégalités nouvelles, le développement de nouvelles solidarités avec le vieillissement de la population et puis aussi le refus des inégalités croissantes de revenus.

Le troisième, c’est le modèle de croissance et de financement, qui doit être durable : à la fois lutte contre les déficits mais aussi un pays qui se projette dans l’avenir avec force, qui est capable d’assumer le défi de la transition écologique, du respect de la biodiversité, celui de la construction de vie dans lequel le vivre ensemble et la qualité de vie, de la modalité, avec des services publics accessibles, seront au rendez-vous. Donc, c’est une croissance soutenable, un nouveau modèle qu’il nous faut préparer.

Le quatrième enjeu, ce sont les mutations de la société française. Nous sommes très attachés au modèle républicain, le modèle républicain du vivre ensemble, le modèle républicain de l’intégration. Force est de constater que, parfois, ce modèle est à la peine, que, parfois, le modèle d’intégration est en difficulté. Faut-il pour autant abandonner nos valeurs, nos principes, la laïcité ? Non ! Mais il faut répondre à la question de cette nouvelle donne liée à l’époque dans laquelle nous sommes avec clairvoyance, c’est donc le quatrième enjeu de ce projet.

Et puis, le dernier, c’est le projet européen. François Mitterrand avait dit : la France est notre patrie, l’Europe est notre avenir. Eh bien, cette ambition avait convaincu, elle avait même convaincu les Français au moment du référendum de Maastricht qui avaient approuvé par un « oui » à cette nouvelle étape de la construction européenne. Mais l’Europe a ensuite abandonné son ambition. Son projet n’est plus lisible, n’est plus rassurant, n’est plus convaincant. En 2005, il y a eu ce rejet au référendum sur la constitution de l’Europe. Le projet européen qui protège, le projet européen qui permet aux nations européennes de jouer leur rôle avec confiance dans la mondialisation doit être repris et la France, pays fondateur, prendra ses responsabilités pour de nouvelles initiatives.

Voilà ce que nous avons décidé de faire en confiant cette mission au Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective. Cela ne sera pas un exercice en chambre – je vous le dis tout de suite. Les scénarios seront mis sur la table, les diagnostics devront être partagés avec les forces vives du pays, les forces économiques et sociales, les grandes organisations syndicales, mais aussi les grandes organisations associatives, les experts, français, européens et internationaux, mais les citoyens eux-mêmes, parce que, si nous voulons que la France reste elle-même – c’est-à-dire une nation attachée à ce qu’elle a toujours été, c’est-à-dire une nation qui a une vision universelle de l’avenir, qui est attachée à des valeurs, celle des droits de l’homme, celle des principes républicains – alors elle doit porter, rassembler, ce projet.

Plutôt que d’ironiser, en cette journée de rentrée pour le gouvernement – qui est un moment très fort partagé de travail, de réflexion, de mobilisation – plutôt que d’ironiser, moi j’invite les forces politiques, ou même économiques, ou sociales, à s’emparer de cette ambition, à s’inscrire dans cette volonté, de tracer le destin de la France pour les dix ans qui viennent, pour bien se dire qu’ensemble les Françaises et les Français ont un avenir à partager, une ambition aussi à porter et que cette ambition est attendue non seulement par les Français eux-mêmes mais par le monde. Parce que je crois que la France est attendue très souvent dans ces nouvelles nations émergentes, en Asie comme en Amérique, mais aussi en Afrique.

La France a une carte à jouer, une carte maîtresse à jouer. Faut-il encore qu’elle ait confiance en elle ! En organisant ce séminaire autour du Président de la République, nous avons voulu montrer que nous sommes dans l’action du quotidien, dans l’action qui mobilise pour faire reculer les difficultés économiques, sociales et environnementales du pays mais qu’en même temps nous portons une ambition pour l’avenir de la France.

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