ISRAËL : Après 8 années dans le coma Ariel Sharon décède à l’âge de 85 ans

Israel

Depuis janvier 2006 l’ancien premier ministre était dans le coma terrassé par une attaque cérébrale le 4 janvier 2006 après une longue carrière militaire et politique controversée. Guerrier impénitent, faucon inflexible Ariel Sharon aura laissé une trace brûlante dans l’histoire d’Israël. De la guerre à outrance à l’amorce d’une paix, d’une certaine paix du moins, il n’est certes pas le premier général à avoir puisé sur les champs de bataille sanglants le sens d’un réalisme tard venu. « Je suis né dans une ferme. Je tire ma force non de l’appareil politique mais de la nature et des fleurs. »

Ariel SharonAriel Sharon

Homme de la terre, fils de deux paysans venus de Biélorussie au début du XXe siècle, Vera et Shmuel Scheinerman, il aime apparaître aux côtés de ses moutons dans sa ferme des Sycomores. De sa mère, Vera, en indélicatesse avec tout son voisinage, il tient son obstination, son dédain du qu’en-dira-t-on, et le plaisir secret de tenir tête à tous. Ariel Sharon à  vu le jour à Kfar Malal en 1928, et a connu la pauvreté. D’où, sans doute, un goût tardif pour les commodités de la vie –­ sa ferme est prospère. Élevé à la dure, il rejoint à 14 ans la Haganah, la milice de défense juive d’avant et d’après la création de l’état d’Israël. Âgé de 20 ans durant  la guerre d’Indépendance en 1948, il y est officier d’infanterie , les combats meurtriers devant la forteresse de Latroun où nombre de ses hommes sont blessés forgent à jamais sa doctrine militaire : ne jamais reculer, ne pas abandonner ses hommes derrière soi. En 1953, Ariel Sharon s’illustre à la tête d’une escouade de la fameuse unité 101, formation de parachutistes lancés en représailles contre le village de Kibya en territoire de Jordanie: 69 villageois sont tués. Sharon regrettera cette « tragédie », tout en ne cachant pas qu’elle puisse servir de « leçon » aux arabes. Episode formateur : il ne baissera jamais la garde, ne leur fera jamais confiance.

Ses exploits militaires au cours de la guerre des Six Jours de 1967, son audacieuse manœuvre de prise à revers de l’armée de la république arabe d’Egypte sur son propre sol, par le franchissement du canal de Suez, lors de la guerre de 1973, en enfreignant les ordres de l’état-major, ont beaucoup contribué à sa légende. Mais son indiscipline et ses comptes rendus assez désinvoltes lui ont interdit d’accéder au poste de chef d’état-major. Tandis que sa réputation de « général séditieux » inquiétera même son compagnon politique, Ménahem Bégin. « Il est capable d’encercler la Knesset avec ses chars »

Sa plus grande marque d’infamie reste les massacres de Sabra et Chatila, durant l’année 1982. En 1981 Ariel Sharon avait lancé l’opération « Paix en Galilée », soit l’occupation du Sud-Liban afin d’éloigner les tirs de roquettes sur le nord d’Israël. La bande de « 40 kilomètres de sécurité » est ensuite repoussée jusqu’au centre de Beyrouth capitale du Liban. Des milices chrétiennes massacrent des centaines de palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila. Un an plus tard, une commission judiciaire israélienne destitue Ariel Sharon de sa fonction de ministre de la défense pour sa « responsabilité indirecte » dans la tuerie. Il est accusé d’avoir laissé faire les miliciens.En balayant au passage Ehud Barak en 2001 et Amram Mitzna en 2003, deux chefs travaillistes empêtrés entre « sécurité » et « paix ». Ariel Sharon, lui, « fera la paix dans la sécurité« … En reprenant au passage deux idées de la gauche : la barrière de sécurité, afin de combattre les attentats terroristes. Et l’évacuation unilatérale de Gaza. Idées qu’il avait fustigées pendant ses campagnes électorales.En septembre 2000, sa montée sur le mont du Temple -esplanade des Mosquées pour les musulmans – enflamme les esprits, et jette le premier brandon de l’Intifada­ mais non le seul. Provocation, bien sûr : son fils Omri, conseiller d’habitude très écouté, qui sera son émissaire auprès de Yasser Arafat, n’a pas réussi à l’en dissuader… Le 17 août 2005, 21 colonies sont évacuées. Au terme d’un affrontement qui a fait plus de 4 000 morts dont les trois quarts sont palestiniens, il jettera l’éponge. Les accords de Genève initiés par la gauche et célébrés par la planète ­ qui prévoyaient plus ou moins un retour aux frontières de 1967­, les scrupules de conscience exprimés par de hauts gradés de Tsahal, des enquêtes policières sur des affaires de corruption électorale et, surtout, les pressions des Etats-Unis, allié stratégique prioritaire d’Israël, finissent par lézarder les certitudes. Il lui faut donc lâcher du lest à Gaza pour mieux conserver « ce qui peut l’être » des colonies en Cisjordanie. Parti pour une troisième campagne électorale à la tête de son nouveau parti, Kadima,Ariel Sharon n’aura pas eu le temps de le poursuivre. Il s’efface de la scène politique le 6 janvier 2006 avec, au moins, le bénéfice du doute. Venu des profondeurs de la guerre, de la méfiance, et du souci obsessionnel de « la sauvegarde du peuple juif et de sa pérennité », il a fracassé un mythe : le Grand Israël biblique et irrédentiste.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :