BRESIL : Au bord du gouffre économique et politique

Bresil

Chaque année à pareille époque au mois  de décembre, la rue Sousa Lima, une courte artère partant de la plage de Copacabana, oublie sa tranquillité pour abriter une véritable bataille : quel immeuble arborera les plus belles décorations de Noël ? En cette fin d’année 2015, c’est la misère. Après la démission de Joaquim Levy ministre des finances qui a décidé de claquer la porte, son successeur Nelson Barbosa devra faire ses preuves pour redonner confiance. La dette du Brésil est devenue, d’après les agences S&P et Fitch un « investissement spéculatif ». La consommation des ménages s’effondre. Le taux d’investissement a diminué de 15% sur l’année. Agriculture, industrie et services accusent de forts replis. Et malgré la dévalorisation du real, la devise locale (près de 70% de baisse cette année par rapport au dollar), les investissements étrangers sont paralysés. Le produit intérieur brut devrait plonger de 3,6% cette année et de 2,3% en 2016. Il faut remonter à 1930-1931 pour retrouver deux années consécutives de récession. C’est un cocktail de crise économique, politique et institutionnelle qui explique cette situation. La difficile réélection de Dilma Rousseff à la tête du pays, en octobre 2014 s’est faite à la faveur d’une campagne contre l’austérité fiscale prisée par son adversaire de droite. Un mois après le scrutin pourtant, Dilma Rousseff change son fusil d’épaule et annonce de profondes coupes budgétaires. A ses yeux, il y a urgence : en 2014, le déficit budgétaire a doublé, passant de 3,1% à 6,2%. Un cercle vicieux semble s’être enclenché : le plan de rigueur, conjugué à une succession de hausses des taux d’intérêt à 14,25% fin 2015, un record, même avec une inflation de 9% a précipité l’activité, et mis fin à des années de plein-emploi. Le taux de chômage est passé de 4,7% à 8,9%, obligeant les ménages à cesser de dépenser. Dans un pays où 51,3% des impôts dépendent de la consommation, – contre 34% en moyenne au sein de l’OCDE – l’impact sur les recettes fiscales est dévastateur. Le coup de frein de l’état n’est pas seul responsable. Cela fait 18 mois que le Brésil vit au rythme de l’opération policière Lava-Jato, – littéralement « karcher »- qui a mis au jour des détournements de l’ordre de 10 milliards de reais au cœur de Petrobras, l’entreprise d’hydrocarbures étatique. Les surfacturations se faisaient avec la complicité d’un cartel d’entreprises du bâtiment qui se partageaient les contrats. Fait inédit, la justice a jeté derrière les barreaux des dizaines de politiques et hauts-cadres. Le scandale a bloqué les investissements du secteur pétrolier et du bâtiment, provoquant des faillites en cascade chez leurs fournisseurs. Eduardo Cunha  président du parlement est une des cibles de la police, qui a découvert qu’il détenait l’équivalent de 9 milliards de reais en Suisse. Furieux de ce qu’il interprète comme une action politique, il s’est vengé contre Dilma Rousseff en acceptant une demande de destitution à son encontre. Des députés de l’opposition accusent en effet Dilma Rousseff d’avoir sciemment maquillé les comptes publics de 2014, à la veille de l’élection. Alors que les adversaires de la présidente doivent convaincre les 2/3 du Congrès qu’il faut abréger son mandat, l’hypothèse a la sympathie déclarée de la Fiesp, principale entité patronale, et du vice-président Michel Temer, qui reprendrait son poste jusqu’en 2018. Pour tenir, Dilma Rousseff doit mobiliser sur sa gauche. D’où la nomination aux finances de Nelson Barbosa, un pilier du parti des travailleurs qui combattait, à l’intérieur même du gouvernement- il occupait le portefeuille du Plan et du Budget- la politique d’austérité.

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